Opinion// Le peuple de Guinée, otage d’un État failli(première partie)

Fermer les yeux pour ne pas voir ou manier la langue de bois en contexte de « massacre » des principes fondamentaux des droits de la personne, est autant handicapant pour la démocratie que les dérives de l’État de droit. C’est en exerçant son droit d’exprimer et de diffuser ses opinions, sans crainte de l’autorité centrale, que le peuple peut favoriser la bonne gouvernance. Cela revient à dire que même si la notion de l’État parfait est utopique, un citoyen nanti d’une morale ne peut pas rester insensible devant les forfaits d’un pouvoir autocratique trop rigide dans ses soubassements. Dans un État de droit, dénoncer la politique propagandiste de l’État, ce n’est pas aller à contrecourant de la nécessitéde moduler la société pour le bénéfice de tous. Nos velléités démocratiques et notre amour du prochain exigent que nous dénoncions la prise en otage du peuple par l’État guinéen.La présente analyse, qui se décline en cinq petites parties, s’inscrit dans ce cadre.

Suivant le postulat psychologique de Edward Bernays dans son livre intitulé « Propaganda : comment manipuler l’opinion en démocratie »,dans une dictature, la pensée critique, qui permet au citoyen d’analyser sur an angle non émotionnel les choses qui lui sont présentées, est prise en otage par le pouvoir central. La réappropriation de ma souveraineté individuelle devient un symbole repoussoir de ce système dans une société guinéenne où le peuple est très peu valorisé. Cela sous-entend que face aux péripéties d’un système de gouvernance autocratique, la notion de Martin Luther King Jr. selon laquelle « La liberté n’est jamais volontairement donnée par l’oppresseur, elle doit être exigée ou conquise par l’opprimé », doit raisonner chez les populations guinéennes.

Depuis l’avènement de Alpha Condé au pouvoir, d’un gouvernement à l’autre, notre pays s’enfonce dans les ténèbres. La composition d’une nouvelle équipe gouvernementale ne changera pas le caractère belliqueux d’un État guinéen aux abois. Au-delà de la complexité des normes culturelles et politiques doubléede la faible conscience républicaine de nosdirigeants, l’étatdéplorable de la gouvernance, depuis 2010, estle fruit de l’incompétenceémotionnelle, professionnelle et organisationnelle d’un « président » qui pense pouvoir faire du neuf avec du vieux. L’expériencerwandaise démontre à suffisance que le leadeurship et les compétences d’unchef se diffusentdans la société.

Au gré des liaisons mafieuses sur fond de cupidité et d’inconscience démocratique, la médiocrité, qui se manifeste au sommet des institutions de l’État et s’exprime par le bas grâce au phénomène d’accoutumance à des faibles standardsen matière de gouvernance, est devenue la référence du système politique guinéen. Pour construire une Guinée nouvelle, c’est tout le système politique et le modèle de société qu’il faut revoir en agissant au sommet de la hiérarchie politique. Cette évidence ne doit souffrir d’aucune ambiguïté car la qualité des institutions et la conscience républicaine constituent des indicateurs clés de performance en matière de gouvernance et de réalisations économiques.

Une analyse comportementale sérieuse des caciques de ce régime révèlerait la nature cynique d’un pouvoir aux antipodes de toutes les valeurs qui font d’un pays un État de droit. Promus par des ambitions mesquines, des individus, symbolisant l’indécence politique par leur attitude et par leur présence dans toutes les mauvaises sauces, auraient tenté de faire la peau à Alpha Condé et à feu général Lansana Conté. Nourris par ces mêmes ambitions, et appuyés par des chaines invisibles pleines de fiel, ils n’hésitent pas à faire massacrer le peuple et à tripatouiller les élections. L’expérience suggère que négocier avec un tel pouvoir contribue à renforcer l’illusion de supériorité ou de légitimité d’une élite politique délinquante. Pour rompre avec ce système, les forces patriotiques de la nation doivent se coaliser,avec plus de conviction, d’efficacité et d’intelligibilité, autour d’un nouveau leadeurship qui ne baisse pas pavillon.

La notion de Alpha Condé selon laquelle « notre pays a choisi librement la voie de son destin » est incontestable. Sauf que le destin dont il fait allusion n’est pas celui choisi par les Guinéens. Nous avons choisi d’en finir avec tout ce qu’il y a de pire dans notre société. Ce choix a été confisqué par les fossoyeurs de la démocratie avec la complicité des « Raspoutine de l’ombre ». Après avoir pillé le pays pendant dix ans, bradé nos ressources stratégiques, assassiné des centaines de citoyens de conviction, mis aux arrêts des « Freedom fighters », « massacré » nos bonnes valeurs, et piétiné les principes les plus élémentaires de la démocratie,ils appellent à un « nouveau départ » ou à « la mise en place des institutions comme la Haute Cour de Justice ». À quoi serventles lois ou les institutionsdans un paysqui ne se conforme pas aux principes d’un État de droit républicain ?

La Constitution que s’est taillée Alpha Condé pour s’octroyer un 3e mandat peut être qualifiée de nulleet non avenuepour une double raison. D’une part, elle ne reflète pas la volonté générale du peuple. D’autre part, elle vient supprimer l’imprescriptibilité de tous les crimes économiques commis par un État guinéen voyou. Ces crimes sont défavorables à la cause de l’entrepreneuriat moderne créateur de prospérité. Si globalement nous ne pouvons pas nier l’évidence que nos richesses naturelles et la dette (censée normalement renforcer le stock d’infrastructures essentielles)profitent insuffisamment aux populations, nos gouvernants et leurs amis, eux, ont su les monétiser au grand dam des objectifs de développement du pays.

Pour des raisons propres à notre système de gouvernance, nos marchands d’illusion, happés par une culture politique guinéenne qui récompense systématiquement la médiocrité, n’ont pas pu accomplir le quart du tiers de ce que les présidents Macky Sall et Alassane Ouattara ont réalisé individuellement en moins d’une décennie. Dès que vous débarquez à Dakar ou à Abidjan, vous percevez des signes de progrès si bien que ces pays sont devenus l’eldorado des investissements privés (non miniers) dans la sous-région. De manière générale, les partenaires au développement ne font confiance qu’aux régimes qui prennent le développement de leur pays au sérieux et qui font valoir les avantages d’un leadeurship visionnaire, d’une société équilibrée et inclusive, et d’un État structuré respectueux des normes universelles de gouvernance.

Il est, donc, logique de soutenir que les investissements étrangers porteurs n’affluent que dans les pays où les gouvernants sont en quête d’efficacité et non de gloire éphémère. Les dirigeants démagogues, qui jouent sur la paresse intellectuelle d’une partie de la population pour consolider leur emprise sur l’État, ne peuvent pas contribuer au développement d’un cadre institutionnel favorable aux investissements porteurs de prospérité. Sous ces conditions, la Guinée ne pourra espérer atteindre le niveau actuel de développement de la Côte d’Ivoire ou du Sénégal que dans un demi-siècle. (La deuxième partie sera disponible bientôt).

Thierno Aliou Bah

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Mory Sylla
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Mory Sylla

Merci de l’information mr. Bah.
Happy new year 2021.
Je vous souhaite de vivre 120 ans. Au minimum😊
**Pour détailler encore plus,dans le film « Le Combat du Plat: Badou Diallo contre Livio » c’était 5 kg de viande,suivi de 5 kg de poisson. D’où tchèpu djeung,mais en fait c’est du tchèpu yap-djeung que Wade a éliminé lui seul sans donner 1g à Badou Diallo.

Thierno Aliou Bah
Invité
Thierno Aliou Bah

Les deuxième et troisième parties sont disponibles sur ces liens. Gbassikolo n’a pas encore publié. Merci et bonne journée à toutes et à tous.

2eme partie
https://www.visionguinee.info/2021/01/11/le-peuple-de-guinee-otage-dun-etat-failli-deuxieme-partie/

3eme partie
https://www.visionguinee.info/2021/01/13/le-peuple-de-guinee-otage-dun-etat-failli-troisieme-partie-lescroquerie-de-la-dette/

Africain
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Africain

« …Une réflexion bien élaborée… » dixit Nfamara Je doute du caractère « bien élaboré » de cette réflexion et pour preuves : 1) « …Pour des raisons propres à notre système de gouvernance, nos marchands d’illusion, happés par une culture politique guinéenne qui récompense systématiquement la médiocrité, n’ont pas pu accomplir le quart du tiers de ce que les présidents Macky Sall et Alassane Ouattara ont réalisé individuellement en moins d’une décennie… » Ce paragraphe reste une affirmation qu’on a déjà entendue et lue ailleurs. Aucun élément factuel ne vient ici corroborer les dires/écrits de l’auteur pour ainsi donner beaucoup plus de pertinences à sa… Lire la suite

Nfamara
Invité
Nfamara

Rectificatif : lire moraliser la gestion des affaires ; il faudra fournir des efforts titanesques.

Nfamara
Invité
Nfamara

Une réflexion bien élaborée, un état des lieux sans complaisance d’une gouvernance peu reluisante. Il est impératif de rompre avec les vieilles pratiques néfastes, de promouvoir une gestion rigoureuse des deniers publics et de procéder à la redistribution des richesses afin de réduire les inégalités socio-économiques génératrices de troubles sociaux. Au regard de l’espoir que l’avènement de l’empereur des mines avait suscité, force est de reconnaître que la désillusion à été immense. Conscient de l’extreme gravité de la situation de paupérisation et de la promiscuité indescriptible dans laquelle pataugent les masses de plus en déshéritées, en dépit du boom minier… Lire la suite

Kaou Labe
Invité
Kaou Labe

@ Mory Sylla ,
JUSTE POUR SOURIRE !
Il n’y a pas de VIANDE dans un
 » TCHEPU DJEUNG  » : que du POISSON !
Avec de la viande , c’est du
 » TCHEPU YAP  » .
Sourire !

Mory Sylla
Invité
Mory Sylla

@ Badou Diallo, je n’ai pas besoin de t’insulter. Tu es pro-Senegal et tu n’as pas d’importance.Tu es comme ton oncle le Doyen Monenembo:personne ne peut vous reconnaitre dans la rue dans ce pays. Dire que tes posts sont bidons et nuls car tu decris la Guinee’ dans l’encre de la haine primaire,c’est parler de la qualite’ de tes interventions.Pas de ta personne qui ne m’interesse pas.Pour te donner une image de ton cas,et comme tu es Senegalais,imagine entrain de manger un tchepu djeung(ce que les blancs appelent « riz gras »)avec ton oncle Ablaye Wade. Il n’y a plus de viande… Lire la suite

BADOU
Invité
BADOU

je disais qu’il faut etre myope comme une taupe pour pretendre situer la guinee au 2e rang de la CDEAO meme dans 100ans. le PIB du Nigeria est de 397milliards de dollars, celui du Ghana de 67milliards, de la Cote divoire de 49milliards, du semegal de 30milliards, la Guinee est a 13milliards. Comment un chef detat serieux peut dire a son peuple:# je vous promets la 2e place derriere le Nigeria a une population de creve la faim, traumatisee par 60ans de dictature , attardee qui vit toujours sans electricite, sans eau courante, sans service de sante convenable, sans route… Lire la suite

Jean Marie Kpoghomou, Washington D.C
Invité
Jean Marie Kpoghomou, Washington D.C

@ M. BAH Thierno Aliou. La fragilité d’un certain nombre de pays n’est sans doute pas récente, mais ce n’est qu’au cours des années 1990 qu’une réflexion sur ce concept est apparue (Brooks, 2005 ; Gros, 1996 ; Helman et Ratner, 1993 ; Jackson, 1990 ; Zartman, 1995). Les réflexions pionnières ont eu recours à diverses terminologies pour désigner les États en situation de fragilité comme « quasi-state » (Jackson, 1990), « failed state » (Helman et Ratner, 1993) ou « collapsed state » (Zartman, 1995). Cependant, durant toute la décennie 90, le concept est resté relativement secondaire et il… Lire la suite

MANZO
Invité
MANZO

Toujours à la recherche du bouc émissaire parfait tout occultant fondamentalement les véritables raisons qui sont à la base de cette impasse communautaire sans précédent dans l’histoire moderne de la Guinée! Non, personne ne fera porter les responsabilités aux autres qui ont ni participé et ni décidé du choix stratégique de celui qui symbolise ce naufrage qui nous a conduit dans cette situation. Par ce que le rôle principal d’une élite se devrait d’être avant-gardiste et proactif. Mais quand elle se complait simplement à obéir à des schémas non-cartésiens(par exemple: fermer les yeux sur la mise à mort certaine d’enfants… Lire la suite

TRONKA
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@Mr Thierno Aliou Bah Bonjour Avoir son opinion c’est de la bonne guerre! Raisonner sans emphase et avec rationalité et surtout avoir le pragmatisme de se poser parfois de bonne question, relève du bon sens, de l’amour pour soi et du respect pour les autres. Vous dites beaucoup de contre vérité dans le texte et je pense que le vrai problème de la Guinée aujourd’hui c’est justement cette propension désabusée au pessimisme à tout vent qui fait que bon nombre de nos potentiels intellectuels sont souvent prisonniers de leurs émotions et c’est dommage. Loin de moi l’idée de dire que… Lire la suite

BADOU
Invité
BADOU

Belle analyse que je partage entierement. En guinee, on est arrive à un niveau de mediocrite incroyable dans sa gestion. Tous les corps de métiers sont influences negativement par cette politique cynique, violente, arrogante et ethnocentrique. Expliquez aux populations du Fouta, la fermeture des frontiers qui les asphyxient, aux commercants, linsecurite entrtenue et voulue qui les empechent de faire fructifier leurs affaires, des populations apeurees nous ramenent aux heures sombres du PDG. Nous sommes tous victims d’un groupe d’individus illegaux et illegitimes et nous sommes dans l’impasse politique avec l’exclusion de plus des z/3 de la population des spheres politiques… Lire la suite