Rapport aux valeurs partagées.

GBK La semaine qui finit m’a donné l’occasion d’expérimenter encore l’histoire politique voire sociale guinéenne.

{jcomments on}J’en ai compris que toute société, petite ou grande, pauvre, riche ou puissante, simple groupement d’individus …, est une succession de conflits. Conflits qui masquent un antagonisme de valeurs. Celles-ci sont diverses et variées, même pour des personnes ayant un objectif commun à atteindre ensemble.

Qu’on l’appréhende sous le prisme de l’intérêt général ou particulier, que l’on veuille édifier un monde apparemment apaisant, on n’échappe pas à la sélection qui est nécessaire à la société pour bien avancer ou simplement se développer.

Peu de gens ne m’ont pas compris quand j’ai décidé de partir d’un forum. Ils se sont accrochés à une sorte de conception féerique d’un pays qui ne peut exister nulle part au monde sinon qu’à travers les légendes ou fables. Un pays où tous les habitants seraient amenés à s’accepter forcément parce que ça fait unité nationale factice et fictive. Je ne peux être cet utopiste parce qu’il y a un antécédent dans l’évolution de la Guinée.

Avec cette façon de concevoir mon pays, j’ai un tout autre regard.

Un pays ne peut être un assemblage total et global de ces populations, alors que la réalité vivante ou vécue au quotidien est fragmentaire et partielle selon où l’on se situe. La position invite à l’anticipation parce qu’il nous est impossible de maîtriser entièrement la suite des événements.

La marque de l’imprévisibilité des faits sociaux insufflent aux Hommes de savoir prendre des décisions. Par exemple, interrompre une action ne lui enlève pas son caractère intrinsèque qui, dit-on, est une seconde nature. Recevoir un nouvel élément au sein d’une famille ne fait pas de celui-ci un nouvel être parce qu’il est une charge passionnelle et émotionnelle nourrie par une trajectoire personnelle, familiale, groupale ou tout simplement par une culture et/ou une expérience vécue…

Comme quoi, il est difficile de faire d’un sujet formaté, un autre sujet que ce pourquoi il a été formaté malgré la perfectibilité de l’être humain dont j’en suis très conscient. Cependant, il y a des frontières en cela qui, franchies, le reformatage demeure une opération périlleuse à la fois pour l’opérateur que pour le sujet. Parce qu’il est impossible de se renier totalement. A partir du constat, la permanence du conflit ou tension sociale se justifie.

C’est la perpétuelle confrontation des valeurs qui conditionne le progrès et non l’assemblage d’éléments hétéroclites dont le mixage est une équation insoluble en dépit des déclarations qui, justement ne demeurent que de l’ordre du déclaratif ; c’est-à-dire non vérifiable. Dès lors l’équilibre ou l’apaisement recherché se réduit en une chimère.

Dans notre histoire politique, les exemples sont nombreux. En voici un !

A la veille de l’indépendance, les chefs de parti qui combattaient farouchement le PDG, décident de se fondre en son sein au nom, disait-on, de l’intérêt général. La souveraineté acquise, les mêmes dont l’adhésion était suspectée par la majorité des militants du PDG, sont frappés d’inquiétude non fondée. Ils pensaient que Sékou Touré et ses compagnons de lutte allaient les placer au gnouf. Quelle fut leur surprise de se voir attribuer des postes de haute responsabilité gouvernementale ? Ainsi le premier gouvernement guinéen composé de seize ministres, six seulement seront du PDG. La part belle fut faite à l’opposition alors qu’à l’époque, personne n’aurait pu condamner les dirigeants du PDG, s’ils avaient décidé de conduire le pays qu’avec seulement leurs militants.

Le souci de l’unité nationale, de l’intérêt supérieur de la Guinée et la volonté de consolidation de l’indépendance objectivèrent le choix.

Malheureusement ; c’est l’effet totalement et absolument contraire que le PDG recueillit.  

Après un an d’indépendance, en décembre 1959, Foccart implantait en Moyenne Guinée, la première cellule, de ce que Ahmed Sékou Touré appela, des années plus tard, la cinquième colonne. Ses conséquences ne tardèrent pas à se sentir dans la balance économique du jeune Etat.

Entre 1946 et 1951, la Guinéeproduisait  annuellement environ 180 000 tonnes de riz, 75 000 tonnes de coton et 100 000 têtes d’ovins, arrêtons-nous à ces quelques exemples (ce n’est pas moi qui le dit, mais Roland Pré). En une année d’indépendance, la production s’est amaigrie de manière vertigineuse. Tout chuta comme par magie. Subtilement, on donna à cette sape une tout autre explication : la malgouvernance (ce n’était pas exactement  le mot utilisé), l’inexpérience des nouvelles autorités, or le ver était dans le fruit ; c’est-à-dire que le mal était interne. Pourtant, nombreux étaient les compagnons de Sékou Touré qui l’avaient mis en garde contre une adhésion de dernière minute !

La Guinée promise à un bel avenir stagnant. 

La Guinée porte-flambeau des libertés fit prisonnière du sabotage de ceux-là que ses dirigeants s’étaient précipités d’intégrer à une structure qu’ils avaient combattue.  

La "Petite Suisse africaine", la Guinée , se désorienta.

Et commença l’odyssée nationale dont nous voulons fermement et avec détermination en sortir maintenant et pour toujours.  

La plupart des bourses d’études, octroyées au nouveau gouvernement afin de lui permettre de relever le défi de l’indépendance intellectuelle et économique, furent sélectivement attribuées par le premier ministre de l’éducation nationale. Ils iront nombreux à l’étranger, mais peu retourneront à la fin des études au bercail.

Des années plus tard, naquit un credo que Emile Cissé (paix à son âme) amplifia dans une instrumentalisation stupéfiante : « ils sont les plus intelligents, les plus beaux… » Parmi eux, il eut des propagandistes contre le pouvoir du PDG qui, sous influence de la guerre froide, va s’enfermer, petit à petit, à tout esprit du respect des droits de l’Homme. Il finit par produire des mauvaises réponses pour combattre ses adversaires. Mais aurait-il pu faire autrement ?

Isolée, et la presse internationale aidant, la Guinée, « tombeau de l’impérialisme », mangeait, d’année en année, ses propres enfants, fussent-ils, des indignes fils. La lecture de la loi aurait pu désacraliser cette légendaire et mythique arme qu’est la victimisation à outrance, aujourd’hui devenue réalité ethnique. Si le voile mensonger n’avait pas couvert pendant des décennies la vraie face de l’histoire de notre pays, peut-être, les Guinéens auraient-ils connu la vérité historique et le chemin à parcourir, ensemble, serait-il mieux balisé parce que mieux éclairé ?

La construction de la Nation guinéenne aurait pu se réaliser et donc son développement s’opérer.

Mais il y a eu des obstacles posés, ici et là, comme nous le vivons de nos jours. Le pays, étant l’un des mieux lotis au plan des richesses du sol et sous-sol, aurait été la lance du panafricanisme qui caractérisait l’esprit de son clairvoyant premier Président.

La lutte pour la survie de son pouvoir n’eut d’autres issues que celles que lui servit l’histoire que nous connaissons. N’était-il pas dans l’enjeu de « qui tire le premier est gagnant » ?

Donc cette phase historique ne peut et ne devrait pas servir seulement de mémoire à fabriquer une opposition, mais à laisser naître une farouche détermination pour refuser toute abjecte et indigne posture à freiner le changement. Notre histoire, douloureuse soit-elle, demeure quand même passionnante parce qu’un bel exemple de l’expression de la volonté majoritairement exprimée pour la dignité humaine. Elle devrait nous permettre de nous élever au-dessus de ce passé, sans l’oublier, en nous positionnant comme des remparts à tout ce qui pourrait rouvrir la plaie.

Nous devions nous tourner vers l’avenir en sacralisant le passé pour ne pas que qui qu’il soit puisse donner un seul signe de cette aventure que beaucoup de Guinéens ont chèrement payé.

La question de choix s’impose dans le contexte lorsque les Guinéens veulent se retrouver autour de leur pays pour son devenir. L’opération a pour base un rapport aux valeurs partagées ou non. Ce qui explique que tous les citoyens ne sont pas susceptibles d’appartenir au même groupe de réflexion s’ils ne partagent pas les mêmes valeurs, le même idéal, la même philosophie et la même idéologie. Ce n’est pas de la division ou l’exclusion, c’est le principe de l’ordre des choses. Car, c’est à ce niveau que surgit l’antagonisme qui masque le conflit des valeurs sous-tendant tout projet de société.

Et alors, l’on ne peut intégrer un groupe, fut-il virtuel, que lorsque le combat qui engage ses membres est partagé. Tout le contraire est une utopie donc un danger qu’il soit latent ou calfeutré par des discours lénifiants.

J’aurai pu poursuivre la causerie, mais il est utile de donner le temps à la réflexion après lecture. Cependant, l’on peut retenir que c’est le rapport aux valeurs partagées qui permet d’attribuer une signification déterminée à un combat. C’est en cela qu’il appelle à un choix parmi des possibilités. Pour ma part, la question devient : comment croire que la noirceur de la main du singe peut-elle s’effacer quelque soit la quantité de détergents utilisés sans causer des plaies, donc des conséquences qui deviendront les conséquences de conséquences ? Voilà le dilemme face auquel je n’ai pas souhaité m’y trouver.

 

Paris, le 28 juin 2013

 

Jacques KOUROUMA

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