Sadakadji en politique, un leader Peulh enfin crédible ? (par Namory Keïta)

En face d’un communautarisme assez poussé, nul citoyen républicain ne saurait être indifférent du récent choix de Sadakâdji de rentrer en politique, puis d’accompagner le Professeur Alpha CONDE. Est-ce une bonne chose pour lui, sa communauté et la Guinée dans son ensemble ? Telle est la question qui taraude mon esprit Mandingue, descendant de Soundiata KEITA.

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Nul n’est mieux servi que par soi. Imaginer un seul instant Alpha initier et récupérer la résidence actuelle de Cellou ou de Sydia. Pourtant ceux-ci occupaient des hautes fonctions de l’Etat (Premier Ministre) lorsqu’ils « achetassent », l’un sa résidence actuelle, l’autre un domaine important. Acheter le bien de l’Etat avec les ressources de ce même Etat. D’aucun dirait avec l’argent prêté par la Banque. Mais diantre, remboursé avec quel argent ?

 

L’impératif catégorique de KANT nous apprend que la moralité de chaque acte doit être examinée à la lumière de cette question : et si tout le monde agissait comme moi ? En d’autres termes, si chaque dirigeant achetait les biens à lui affecté par l’Etat que resterait-il à cet Etat ? Auraient-ils acquis ces biens si leurs prédécesseurs s’étaient donné les mêmes privilèges ?

 

Rien que l’évocation de la possibilité de récupérer le domaine occupé par Cellou soulève le courroux de l’UFDG. Par contre, Sadakadji qui n’a dirigé aucune structure étatique a acheté un terrain de plusieurs hectares à Kipé, titre foncier à l’appui. Même si c’était un domaine de l’Etat, il n’a pas participé au déclassement de ce domaine. Il l’a acheté au prix du marché aux mains du titulaire du titre foncier, ce qui signifie que le domaine était déclassé par l’Etat et inscrit auprès du Conservateur Foncier. Faut-il rappeler que les terres, toutes les terres sont censées appartenir à l’Etat qui peut, sous certaines conditions, déclasser ses domaines privés et les revendre aux particuliers ? Dadis a tenté de l’arracher. La justice a fini par le rétablir dans ses droits. Alpha, pour des problèmes de convenance, a fait rebelote. Pourtant le droit était dit. Nul au sein de l’UFDG n’a levé le plus petit doigt.

 

Sadakâdji a été cité dans un complot. Silence radio au sein de l’UFDG. N’a-t-il que des devoirs et non le droit d’être défendu au sein de ce parti ? Ces seuls motifs sont éloquents et peuvent motiver Sadakâdji à rentrer en politique. Adam Smith nous rappelle que l’intérêt général, au nom duquel le service public est assuré, n’est rien d’autres que la somme des intérêts particuliers. En défendant ou brimant plusieurs intérêts individuels on défend ou brime l’intérêt général.

 

Si l’on multiplie les difficultés rencontrées par des nombreux militants de l’UFDG et d’autres citoyens (qui a oublié l’histoire de Fatoumata BARRY à Dakar victime des évènements du 28 septembre 2009 ?) on comprend que les raisons de rentrer en politique sont nombreuses pour Sadakâdji et ses partisans. L’intérêt pour lui et ses concitoyens ne fait l’objet d’aucun doute.

 

Qu’en est-il pour sa communauté ?

 

Une certitude, les tensions communautaires et la bipolarisation de cette tension entre Malinkés et Peulhs commencent à s’estomper. En milieu mandingue dont je suis issu, l’image du Peulh adversaire irréductible d’Alpha le Malinké fait de moins en moins recette. A ce titre, le soutien de Sadakâdji  à Alpha renforce la cohésion nationale. Mais ce soutien est aussi positif pour la Communauté Haal Pular elle-même. En effet, si certains partisans du RPG ont tenté de diviser le Fouta en s’appuyant sur une certaine catégorie sociale, c’est, il faut le dire, faute de mieux.

 

On ne saurait cautionner ni la politique de casques prévalant dans le Mandé, ni la stratification sociale au Fouta. Ces traditions héritées des ancêtres disparaissent peu à peu. A force d’éducation, d’évolution des mentalités, d’enrichissement réciproque, de cohabitation, les uns et les autres accepteront de vivre dans l’harmonie. Si les populations sont sensibilisées et éduquées, autant dans le Mandé le Keita ne se sentira pas supérieur à un Kouyaté, autant dans le Fouta l’entente entre anciens maîtres et serviteurs se renforcera. Dans l’un ou l’autre cas, c’est la récupération politique qui pourrait envenimer des situations harmonieuses, en perpétuelle transformation et dans le bon sens. Les mariages mixtes, impossibles dans le passé et fréquents aujourd’hui, sont des baromètres éloquents.

 

Un long processus de transformation sociale a abouti à l’élection d’OBAMA. Les tensions raciales se sont pas pour autant finies aux USA. Mais, la période pré, ne saurait être comparable à celle d’Obama et à la période post OBAMA. En Guinée, sans exagération, pour nous communauté Mandé, il y a une période avant le ralliement de Sadakâdji et celle d’après. Nous savons le poids de Sadakâdji, tant au sein de sa communauté qu’à celui de la nation.  Beaucoup d’entre nous sont ravis, malgré toute la pression dont il est l’objet, qu’il ait accepté de soutenir Alpha. Un tel engagement est courageux et déterminera les rapports futurs entre nos communautés. Personne ne saurait négliger le symbole que BA Ousmane a représenté pour le RPG arc-en-ciel, mais l’arrivée de Sadakâdji consolide ce symbole. Certes, ce soutien ne garantit pas que tout le Mandé accepte demain de soutenir Sadakâdji ou un Peulh pour Sekoutoureya, mais l’idée qui se développe dans le milieu Mandé est qu’il est aussi envisageable de faire un clin d’œil à un Peulh. Ne se vengeront-ils pas ? « De quoi et contre qui », m’a récemment dit un de mes interlocuteurs Peulh. « Sékou fut notre chef à tous. Il a fait du bien et du mal. Le mal qu’il a fait, il a commencé d’abord par sa propre communauté. Seule sa famille biologique a été épargnée de la purge. Puis il en a fait aux Peulhs. Les petit TOURE, les Kaman DIABY, Karim BANGOURA, Fodéba KEITA, etc. n’étaient pas Peulh. Pour accuser et attraper une personne de l’envergure de Telly, il a fallu frapper fort et terroriser les gens. Pour autant, toutes les communautés ont souffert du communisme. Personne n’aurait donné de garantie que si le pouvoir avait été exercé par un Peulh dans ce contexte de guerre froide et de communisme qu’il y aurait pas eu d’exactions et de tueries ». Ce raisonnement m’a fait frémir. En d’autres périodes, j’aurais été peu réceptif à ces types d’intervention, mais l’évolution de notre société et celle du monde, nous condamne à mettre en avant le devoir de vivre ensemble. Ce devoir de vivre ensemble ne saurait se renforcer que tous les fils de ce pays, quelle que soit leur ethnie, peuvent prétendre accéder à tous les postes de responsabilités. Il en irait autrement si les uns pensaient que la Présidence leur est réservé et par ricochet fermée aux autres.

 

Il est temps que les Guinéens sortent de l’approche communautaire pour mettre en avant des valeurs républicaines. Dans ce contexte un Malinké, un Peulh, un Soussou ou tout autre individu d’une autre ethnie ne ressentira pas une inquiétude quelconque de l’arrivée au pouvoir d’un Peulh, d’un Malinké, d’un Mano convaincu que le pouvoir est au service de la nation et non d’un clan ou d’une communauté.

 

Mais admettons-le, l’union autour uniquement d’un leader de notre communauté ne saurait renforcer la nation. C’est pourquoi, l’acte posé par Sadakâdji a une portée historique. Déjà, certains cadres, dont beaucoup de Malinkés, commencent à se concerter pour  réserver d’abord un accueil chaleureux à Sadakâdji, et par la suite à s’engager, à ses côtés, pour la cause nationale. D’abord en soutenant le Professeur Alpha CONDE, puis peu à peu, dans une approche toile d’araignée, en accompagnant Sadakadji dans l’ensemble du territoire national afin de bâtir une nation moderne.

 

Le vrai OBAMA de Guinée ne serait-il pas ce Sadakâdji ? A bien examiner les actes qu’il poserait pour tous les Guinées sans exclusive, si l’on croit les assertions avancées par ses partisans et les échos qui nous remontent du terrain, on peut dire que l’homme est à la dimension des enjeux, au carrefour de nos communautés et de nos problèmes, au centre de nos préoccupations. Qu’est-ce qui a pu distinguer OBAMA, l’africain-américain, moins de 15% des américains si ce n’est le refus d’être diffus au sein d’une communauté, les africains-américains ? Qui ne se souvient de son discours de Chicago centré, non sur le particularisme américain (hispaniques, asiatiques, africains-américains, irlandais, italiens, etc.) mais sur le trait d’union entre ces groupes, les Etats-Unis et la citoyenneté américaine ? Sadakadji n’a pas réservé sa fortune qu’à sa communauté. Et beaucoup de cadres savent, que Sadakadji a utilisé son influence auprès de CONTE pour aider plusieurs cadres (et des Malinkés dans cette liste, j’en connais) à avoir des postes de responsabilité. Sans lui, certains de cadres n’auraient pas eu ces postes, accusés à tort d’ailleurs, d’être proches du RPG. C’est pourquoi, il est temps de lui renvoyer l’ascenseur, sans arrières pensées. Et à votre retour, ayez l’amabilité de nous prévenir, deux semaines à l’avance afin de nous trouver sur le terrain.

 

Namory KEITA

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