Accusée et blâmée, j’ai pardonné mais je refuse d’oublier pour continuer à être debout…(par Aissatou Chérif Baldé)

Ainsi en tant qu’ancienne prisonnière politique en Guinée, en tant que victime d’humiliations, de tortures, de sévices, de viols d’un État guinéen tyrannique fondé depuis 61 ans que sur le sang et les larmes des faibles, des pauvres, des hommes intègres comme feu Diallo Tely, et tous ces enfants tombés depuis l’indépendance sans justice pour eux, je m’indigne et refuse d’accepter cette énormité, cette décadence des valets de la tyrannie pour la continuité en Guinée.

Alors Mr. le Président de l’Institution Nationale Indépendante des Droits de l’homme en Guinée, après votre sortie pas honorable et surtout pas digne d’une institution censée dire le droit, respecter les libertés des individus et les règles du jeu démocratique, je m’indigne.

À votre place, j’aurais fait le choix du silence, puisque vous avez déjà fait le choix de la stagnation, de la dictature du sabre, la voie de l’oppression, pour être tout près de la mangeoire.

Ô quel désastre de savoir qu’après plus de 20 ans d’exil que les hommes et femmes de la Guinée ne veulent point changer, ceux qui étaient hier bourreaux peuvent devenir héros et les héros oubliés au cimetière.

Quelle désillusion de se rendre compte qu’après plus de 20 ans passés très loin des siens, que  tout se refait selon le même scénario, pas de rupture, les hommes intègres d’hier deviennent des bourreaux, l’ordre des choses reste inversé, ils veulent juste baffer, tuer, jouir, se reproduire, polluer.

Ils ne cherchent pas de rupture, ils veulent juste consommer plus, placer leur progéniture plus près de la mangeoire.

Quelle peine ! Quelle douleur ! Mon cœur saigne.

Et pourtant dans des moments  difficiles que traverse une nation, un peuple, le silence, la retenue valent parfois mieux que tout, même si l’on sait que le silence peut aussi avoir des conséquences au même titre que la parole.

Un juriste, un homme d’honneur ne peut et ne doit pas humilier, des prisonniers politiques, des opposants politiques par vanité en vue d’approcher une personne, d’être un subalterne d’une nouvelle tyrannie, en vue d’être complaisant ou un bon valet sans honneur.

Car il faut retenir ceci: Une seule injustice, un seul crime, une seule illégalité, surtout si elle est officiellement enregistrée, confirmée, une seule injure à la justice, et au droit surtout si elle est universellement, légalement, nationalement, commodément acceptée par une partie du peuple, un seul crime rompt et suffit à rompre tout le pacte social, tout le contrat social, une seule forfaiture, un seul déshonneur suffit à perdre, d’honneur, à déshonorer tout un peuple.

Et pourtant cette élite guinéenne, ces bandits de grands chemins font usage de tous ces maux contre les faibles,  et j’en ai fait à mes frais à la maison centrale de Conakry en 1996. Je suis donc un témoin vivant de votre ignominie, humiliation. Et ceux qui étaient à la base de mon emprisonnent suivi d’humiliation, d’abus des militaires sur moi, de ma séquestration en 1996 comme Mr. KERFALLA KPC CAMARA sont encore vivants. Et  je n’ai pas oublié. Mais j’essaie de pardonner, même si vos séquestrations m’ont enlevé ma vue, donc un œil pour la vie, ainsi marquée à jamais.

En somme qui croire dans ce pays, qui pour rompre avec cette injustice et cette humiliation permanente des opposants politiques, des faibles, des cadres intègres pour que la Guinée puisse retrouver le chemin de la paix, la liberté et l’unité ?

La Guinée n’a t-elle pas mérité d’avoir des grands hommes politiques ?

Oh seigneur, si je dois un jour rentrer de mon exil pour faire subir au peuple de Guinée la même humiliation ou être une subalterne d’une tyrannie, alors toi Dieu le tout puissant, je te prierais de me laisser à jamais dans mon exil, avec ma plume comme seule compagne intègre, ma besogne éreintante.

Courage à Foniké Mengé Sylla et tous les prisonniers politiques en Guinée.

« Seul le corps peut aller en prison, l’esprit ne peut être prisonnier, on ne peut pas attraper le vent ».

# Aissatou Cherif Baldé la politique autrement…

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