Accord migratoire Guinée–Allemagne : Conakry exige l’arrêt des rapatriements et une enquête conjointe

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Huit ans après sa signature, l’accord migratoire entre la République de Guinée et l’Allemagne ravive les tensions diplomatiques. Les autorités guinéennes dénoncent des conditions de rapatriement jugées contraires à la dignité humaine et réclament une suspension immédiate des retours ainsi qu’une enquête conjointe.

Signé en 2018 sous l’ancien régime guinéen, le protocole d’accord encadre la coopération bilatérale en matière de migration légale et irrégulière, notamment le rapatriement des ressortissants guinéens en situation irrégulière sur le territoire allemand. Après plusieurs années de gel décidées par les autorités issues de la transition, Berlin a récemment relancé l’application du texte.

Cette décision a provoqué une réaction ferme de Conakry. Le ministre guinéen des Affaires étrangères et des Guinéens établis à l’étranger, Morissanda Kouyaté, a convoqué un responsable de l’ambassade d’Allemagne afin d’obtenir des clarifications et de demander la suspension des opérations de rapatriement en cours.

Selon le chef de la diplomatie guinéenne, cette suspension prolongée résultait d’un choix assumé par le président de la transition, Mamadi Doumbouya, qui estimait que l’application de l’accord ne garantissait pas suffisamment le respect de la dignité des migrants guinéens. Conakry affirme avoir, durant cette période, résisté aux pressions exercées par l’Allemagne et par l’Union européenne.

Si le gouvernement guinéen reconnaît le principe de continuité de l’État, il souligne que le protocole a été signé dans un contexte politique antérieur à la transition actuelle. Les autorités disent en assumer l’héritage juridique, tout en exprimant de fortes réserves quant à ses modalités d’exécution.

Au cœur des préoccupations figurent les conditions de retour des migrants. Les autorités guinéennes rapportent des témoignages de ressortissants récemment rapatriés évoquant des problèmes de santé graves et des traitements jugés inappropriés. Ces éléments ont conduit Conakry à réclamer une réévaluation complète du mécanisme de coopération migratoire.

Dans ce cadre, la Guinée propose la création d’une commission d’enquête conjointe Guinée–Allemagne, chargée d’examiner les conditions de rapatriement et d’identifier d’éventuels dysfonctionnements. Elle demande également l’arrêt temporaire des expulsions le temps des investigations.

De son côté, Berlin affirme agir dans le strict respect de son cadre juridique et se dit disposé à coopérer avec les autorités guinéennes, notamment à travers la mise en place de la commission envisagée.

Ce nouvel épisode illustre les tensions croissantes autour des politiques migratoires entre l’Europe et plusieurs pays africains, dans un contexte marqué par des exigences accrues en matière de respect des droits humains. Pour Conakry, la coopération avec l’Allemagne reste possible, mais elle devra désormais s’inscrire dans un cadre explicitement fondé sur la protection de la dignité des citoyens guinéens.

Gbassikolo.com

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