La crise de liquidité qui secoue la Guinée depuis plusieurs mois continue de susciter interrogations et débats. Devant le Conseil national de la transition (CNT), le 28 mars 2026, le gouverneur de la Banque centrale, Karamo Kaba, a tenté d’apporter des clarifications, tout en défendant vigoureusement le bilan de son institution.
Selon le patron de la Banque centrale de la République de Guinée, la situation actuelle ne peut être imputée à un manque d’intervention de la Banque centrale. Il met en avant des injections massives de liquidités dans le système financier : 2 800 milliards de francs guinéens en 2025, et déjà plus de 1 293 milliards en 2026.
« Nous avons injecté comme jamais dans l’histoire moderne de l’économie guinéenne », a-t-il affirmé, estimant que l’institution a pleinement « joué son rôle ».
Une crise de circulation plus que de disponibilité
Pour Karamo Kaba, le cœur du problème réside ailleurs. Il pointe du doigt la rétention massive des billets par la population. D’après les chiffres avancés, près de 96 % des billets en circulation seraient actuellement détenus en dehors du système bancaire, contre 71 % en 2022.
« On peut injecter autant qu’on veut, mais si les billets ne reviennent pas dans les banques, il y aura toujours un sentiment de pénurie », a-t-il expliqué, appelant implicitement les citoyens à davantage recourir au système bancaire.
Des facteurs multiples et imbriqués
Au-delà de ce constat, le gouverneur reconnaît l’existence de facteurs aggravants. Parmi eux : le renforcement des contrôles dans la lutte contre le blanchiment de capitaux, les saisies opérées par l’administration fiscale via les banques, ou encore les effets du mégaprojet minier Simandou.
À cela s’ajoutent des contraintes structurelles : forte prédominance des paiements en espèces, absence d’un système de paiement interopérable, vétusté des équipements bancaires, ainsi que des perturbations logistiques héritées de la pandémie de COVID-19.
Une lecture contestée par des économistes
Malgré ces explications, plusieurs experts appellent à nuancer l’analyse de la Banque centrale. Pour eux, réduire la crise à un problème de comportement des citoyens serait insuffisant.
« La rétention du cash est davantage une conséquence qu’une cause », estiment certains analystes, évoquant un déficit de confiance dans le système bancaire, des difficultés d’accès aux liquidités dans certaines agences, ainsi qu’une distribution inégale des ressources entre établissements.
D’autres pointent également des insuffisances dans la gestion monétaire, notamment des retards dans la commande de billets ou une anticipation jugée limitée de la demande en espèces.
Une crise de confiance avant tout
Au-delà des chiffres, de nombreux observateurs s’accordent sur un point : la crise actuelle est aussi, et peut-être surtout, une crise de confiance. Dans un contexte marqué par l’importance de l’économie informelle et la faible bancarisation, les comportements de précaution des citoyens tendent à renforcer les tensions sur les liquidités.
Dans ce climat, les déclarations du gouverneur, appelant à la responsabilité des usagers, suscitent des réactions contrastées. Si certains y voient un appel nécessaire à la discipline financière, d’autres redoutent un discours susceptible d’alimenter davantage la défiance.
Vers un retour progressif à la normale ?
Se voulant rassurant, Karamo Kaba a assuré que des mesures sont en cours pour rétablir la situation et que la normalisation pourrait intervenir « dans les prochaines semaines ».
Reste à savoir si ces efforts suffiront à inverser une dynamique profondément ancrée, où la question de la confiance apparaît désormais comme un enjeu central pour la stabilité du système financier guinéen.
À suivre…
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