L’hypertrophie du secteur informel en Guinée : un obstacle à l’évolution de l’activité économique (Par Mamadou Safayiou Diallo)

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Le secteur informel représente plus de 50% de la valeur ajoutée globale du PIB des pays à faible revenu, plus de 80% de l’emploi total et plus de 90% des emplois nouvellement créés dans ces pays. Ses implications sont donc fortes sur les opportunités d’emplois, la productivité, les recettes fiscales et la croissance économique. Dans le même temps, le secteur informel pose d’énormes défis en termes de connaissances puisque, par définition, quelques-uns, sinon la plupart des aspects de l’informel ne sont pas ou peu documentés (Ahmadou Aly M’baye, 2014).

La particularité du secteur informel réside dans ce qu’il ne comporte que des activités opérant en dehors du système fiscal et légal, sur lesquelles nous ne disposons pas, de ce fait, d’informations statistiques fiables.

A notre connaissance, aucune étude n’est parvenue à montrer l’importance du secteur informel dans l’économie nationale. Et, pourtant ce sujet reste entier car, notre économie est dominée en partie par les activités du secteur informel qui, dans certains pays représenterait plus de 80% du PIB aux yeux de certains observateurs.

Si de nos jours, le secteur informel est considéré comme étant un secteur pourvoyeur d’emploi (entre 150 000 et 300 000 employés) et d’atténuation du chômage massif des jeunes guinéens (en analysant une masse de la population active vers de petits emplois), il reste et demeure un réel obstacle à la modernisation de notre économie : d’abord, par le fait que ce sont des activités qui sont largement défiscalisées, et donc un manque à gagner pour le trésor et le budget de l’Etat, ensuite, les populations travaillant dans l’informel ne sont pas déclarées à la sécurité sociale, elles sont donc sans couverture sociale et surtout elles échappent à l’application de la législation du travail.

Bon nombre d’observateurs assimilent le secteur informel comme étant une alternative à la création des petits emplois souvent de type commercial. Mais c’est également un tissu d’unité productrice exerçant pratiquement dans la clandestinité et disposant d’un matériel et d’installations dignes d’une entreprise moderne.

Toutefois, le secteur informel constitue obstacle important à l’activité des PME par la concurrence frontale que les produits de ces derniers affrontent face à ceux de ces petites unités exerçant dans le « noir ».

Il convient de souligner que les PME contrairement au secteur informel règlent leurs impôts et charges sociales normalement. Cependant, malgré cette situation, elles ne sont pas dans les mêmes conditions de compétitivité que les entreprises du secteur informel. Leurs prix de revient étant grevés de ces charges, contrairement à ces dernières entreprises. Cette situation de concurrence « déloyale » placerait à qualité égale, les produits des activités informelles en meilleures postures sur le marché.

Dans ces conditions, il nous semble que les pouvoirs publics devraient envisager des mesures d’encouragement et de protection des PME du secteur moderne car celles-ci à l’inverse des activités du secteur informel, participent d’une manière décisive à la croissance économique.

Au vu de la situation, les autorités doivent à notre entendement, procéder à une refondation voire même une refonte totale des politiques publiques en Guinée afin de toucher du doigt le vrai problème. Ce sujet reste non seulement entier et mérite d’être muri par nos dirigeants actuels. Nous pensons qu’une simple formalisation de ce secteur délaissé à lui-même devrait conduire à des recettes énormes pour l’Etat sans pour autant continuer à prendre des mesures impopulaires à l’image de la hausse récente du prix du carburant à la pompe bien que nous avons indiqué dans une récente analyse que le prix du brut devrait être fixé au maximum à GNF 6000. Sans pour autant exagéré, ce chiffre n’est pas loin de celui pratiqué de nos jours par certains pays voisins. Le prix du carburant pratiqué à la pompe tourne autour de GNF 7 675 en Sierra Leone GNF et 8 359 au Liberia (cf. globalpetrolprices) alors qu’en Guinée, il est à GNF 10 000…..

Mamadou Safayiou Diallo

Economiste, Enseignant-Chercheur,

Membre du CRED

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 » nous avons indiqué dans une récente analyse que le prix du brut devrait être fixé au maximum à GNF 6000. Sans pour autant exagéré, ce chiffre n’est pas loin de celui pratiqué de nos jours par certains pays voisins. Le prix du carburant pratiqué à la pompe tourne autour de GNF 7 675 en Sierra Leone GNF et 8 359 au Liberia (cf. globalpetrolprices) alors qu’en Guinée, il est à GNF 10 000…. » Mr l’enseignant-chercheur pardon cessez de mentir a vos élèves et cherchez a étudier en détail et comprendre : 1- pourquoi le prix est a 8.000 en… Lire la suite