Projet de referendum en Guinée: entre langue de bois et tentative personalisation du pouvoir ( Par Aissatou Cherif Balde)


« La constitution guinéenne a été faite sous un régime de transition. Donc un régime d’exception. Ils ont sélectionné quelques personnes, chaque groupe est venu avec ses propres intérêts. C’est un amalgame d’intérêts. Donc déjà le fonctionnement est très difficile. Ce qui fait que parfois on est obligé de faire des accords politiques qui sont contraires  à la constitution » dixit le président de la République de Guinée le professeur Alpha condé.
Donc des propos qui décrivent notre constitution comme étant pleine d’anomalies et insuffisances notoires. D’où la nécessité de soumettre une nouvelle Constitution par voie référendaire, selon le locataire du palais Sèkoutoureya.
Sauf que, Mr le président lorsque nous avons en face  un État comme la Guinée où la démocratie se trouve encore dans un état embryonnaire avec des structures étatiques devant conduire à la stabilité de l’état et l’enracinement de l’esprit démocratique pour permettre au bon fonctionnement d’un Etat démocratique, défaillantes; il serait plutôt impérieux d’agir avec pédagogie et responsabilité.
Car si aucune constitution de ce monde n’est intangible, mais elle contient toute des lois intangibles et donne la possibilité à chaque état de procéder à des révisions et à des amendements. Tout projet de révision constitutionnelle, tout texte de réforme des institutions et autres peuvent alors être débattus dans l’hémicycle et adopté par l’assemblée nationale. On peut donc réécrire la constitution en écriture inclusive Mr. le président de la République Alpha Condé , la féminiser par exemple, lorsqu’on veut rester dans l’esprit du système démocratique, sans avoir besoin d’un référendum constitutionnel ou tripatouillage constitutionnel.
En effet le référendum a toutes les apparences de la démocratie, mais en réalité, il renforce la personnalisation du pouvoir… On ne refait pas la démocratie par le référendum, le référendum abîme la démocratie et c’est pourquoi en Afrique il demeure l’œuvre des dictateurs et régimes autoritaires à la recherche d’une légitimité dans un peuple qu’ils inventent et dont ils font leurs choses. Ils veulent tirer leur légitimité du suffrage universel pour étouffer les corps intermédiaires, pour incarner ce dit peuple, pour enfin étouffer la citoyenneté. Donc vos arguments ne tiennent pas. Vous êtes entrain de pratiquer la démocratie de manière hasardeuse. Et pourtant la démocratie n’est pas un lieu de hasard, mais de décisions débattues, de confrontations structurées et de choix éclairés. Le tirage au sort n’y a pas sa place.
Il serait donc impératif  Mr. le président dans la situation actuelle du pays, de garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de notre chère nation et d’arrêter de faire de la promotion de la peur, de la défiance, de la haine, de l’impunité, de l’ethnocentrisme politique et de pointer ce qui nous différencie. Arrêter de diviser les gens et travailler au contraire sur l’entraide,  le partage et la solidarité. Nos différences sont une force.
2010 n’est 2019 nous ne voulons plus de nouvelle constitution par voie référendaire. Car la Guinée ne se trouve  dans un régime d’exception, comme ce fût le cas en 2010.
REPOS ÉTERNEL À TOUTES LES VICTIMES DE LA BARBARIE EN GUINÉE

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Laure Karcher
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Laure Karcher

Mme Baldé, vous le dites, « la démocratie est embryonnaire » en Guinée, et ayant révisé, ce qui est une bonne chose, quelques articles sur le sujet, vous dites que le référendum est l’arme des régimes autoritaires. Oui, mais pas toujours, Mme Baldé. Il faut nuancer. Dans un régime très centralisé où l’essentiel du pouvoir est concentré entre les mains d’une seule personne, le référendum peut servir le pouvoir en place (comme en France, avec le général de Gaulle), mais dans un régime qui laisse le peuple s’exprimer par quantité de corps intermédiaires (municipalités, organisations de travailleurs, etc.), le référendum peut permettre… Lire la suite