Guinée : l’État veut lever 2 500 milliards et mise sur l’épargne nationale

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L’État guinéen veut mobiliser 2 500 milliards de francs guinéens à travers un nouvel emprunt obligataire. Réunis mercredi à Conakry, les acteurs du secteur financier ont affiché leur confiance dans la réussite de l’opération, tandis que la Banque centrale appelle à préserver la liquidité du système bancaire et à élargir la base des investisseurs.

Le gouvernement guinéen accélère sa stratégie de mobilisation des ressources domestiques. La ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, a réuni mercredi 7 octobre 2026 les principaux acteurs du secteur financier autour de l’emprunt obligataire de 2 500 milliards de francs guinéens lancé par l’État.

L’objectif affiché est double : financer plusieurs projets structurants inscrits dans la Loi de finances et renforcer progressivement le rôle de l’épargne nationale dans le financement de l’économie.

Banques, compagnies d’assurance et investisseurs institutionnels sont ainsi appelés à accroître leur participation au financement du développement du pays.

Le gouvernement veut mobiliser davantage l’épargne guinéenne

Pour Mariama Ciré Sylla, les établissements financiers doivent désormais dépasser leur rôle traditionnel d’intermédiaires pour devenir de véritables partenaires de la transformation économique.

« Les banques que vous êtes, les compagnies d’assurance que vous êtes, vous n’êtes pas juste des intermédiaires financiers. Vous êtes des partenaires stratégiques de la transformation de la Guinée qui est en cours et qu’on souhaite. »

La ministre défend notamment le recours à l’épargne en francs guinéens pour financer les investissements publics.

Les ressources levées doivent notamment contribuer au financement de projets dans l’énergie, les routes, l’éducation et la santé.

« Les 2 500 milliards que nous levons iront à des projets identifiés déjà dans la Loi de Finances », a-t-elle expliqué, soulignant que le choix de l’épargne domestique permettrait également de maintenir dans l’économie guinéenne les intérêts générés par l’opération.

Des souscriptions déjà supérieures à l’objectif ?

Le gouvernement veut également capitaliser sur la confiance des investisseurs.

Selon Mariama Ciré Sylla, les premières intentions de souscription recueillies par le chef de file de l’opération seraient déjà supérieures aux 2 500 milliards de francs guinéens recherchés.

« Le chef de file a recueilli vos premières intentions de souscription, et si elles se confirment, elles dépassent notre objectif », a-t-elle indiqué.

La ministre a toutefois appelé les établissements financiers à transformer ces intentions en souscriptions effectives dans les prochains jours.

Les autorités mettent par ailleurs en avant le bilan des précédentes émissions de titres publics.

« Depuis les premières émissions de titres d’État, chaque échéance a été payée à la date prévue, et cela sans un seul incident à date », a assuré la ministre.

Le gouvernement promet également davantage de visibilité sur l’utilisation des fonds, ainsi qu’un calendrier d’émissions plus prévisible.

La BCRG met en garde contre une concentration excessive des titres publics

La Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) veut pour sa part que cette nouvelle opération s’inscrive dans une stratégie plus large de développement du marché financier.

Son gouverneur, Karamo Kaba, a rappelé que le taux directeur demeure fixé à 8,5 %, tandis que le coefficient des réserves obligatoires est maintenu à 11,5 %.

Dans ce contexte, la mobilisation des ressources publiques doit être articulée avec la gestion de la liquidité bancaire.

L’enjeu est notamment d’éviter que les banques ne concentrent une part excessive de leurs ressources sur les titres publics, au détriment du financement des entreprises et des ménages.

Karamo Kaba a identifié cinq priorités : la confiance, la coordination entre le Trésor et la Banque centrale, la diversification des investisseurs, la liquidité des titres et la soutenabilité des émissions.

La BCRG souhaite ainsi voir davantage d’acteurs rejoindre le marché : compagnies d’assurance, caisses de retraite, sociétés de gestion et, progressivement, particuliers.

« Notre ambition commune doit aller au-delà du montant mobilisé lors d’une opération. Elle doit être de bâtir un marché des titres publics crédible et durable, au service du développement de la Guinée, tout en préservant la stabilité monétaire et financière », a déclaré le gouverneur.

Afriland First Bank veut déjà doubler la mise

L’optimisme est également affiché par le secteur bancaire.

Le président de l’Association professionnelle des banques (APB) a réaffirmé la confiance des établissements dans la signature de l’État guinéen, tout en soulignant la nécessité d’élargir progressivement la base des investisseurs au-delà des seules banques.

Le chef de file de l’opération, Afriland First Bank, va encore plus loin.

Son directeur général, Dr Guy Laurent Fondjo, estime que l’objectif de 2 500 milliards est désormais à portée de main.

« L’année dernière, l’objectif était de 1 500 milliards, et nous en avons fait 1 800. […] Les 2 500 milliards pour nous aujourd’hui, c’est déjà un acquis. Nous réfléchissons plutôt à comment doubler ces 2 500 milliards », a-t-il déclaré.

Cette ambition s’appuie notamment sur le volume des ressources disponibles dans le système bancaire. Selon le dirigeant d’Afriland First Bank, les dépôts bancaires en Guinée atteignent environ 88 000 milliards de francs guinéens.

Pour les acteurs du secteur, ce niveau de liquidité illustre le potentiel encore important de mobilisation de l’épargne domestique.

Un placement à 11 % sur cinq ans

L’emprunt obligataire porte sur 2 500 milliards de francs guinéens, avec une maturité de cinq ans et un taux d’intérêt annuel de 11 %.

La période de souscription court du 25 septembre au 23 octobre 2026.

Les titres sont dématérialisés et le capital est amorti annuellement. Les investisseurs récupèrent donc chaque année une partie de leur capital, en plus des intérêts calculés sur le montant restant dû.

Le ticket minimum de souscription est fixé à 5 millions de francs guinéens.

Selon les responsables de l’opération, les titres bénéficient par ailleurs d’une exonération d’impôts et de taxes.

Les souscriptions sont ouvertes dans les banques membres du syndicat de placement, qui regroupe Afriland First Bank, Ecobank, VistaGui, BCI, Orabank, FBNBank et Sky Bank.

Le véritable enjeu : transformer l’essai

Au-delà des 2 500 milliards recherchés, l’opération constitue un test pour la capacité du marché financier guinéen à mobiliser davantage de ressources locales.

Pour le gouvernement, la priorité est de réduire la dépendance à certaines sources de financement extérieures et de canaliser une plus grande partie de l’épargne nationale vers les investissements publics.

Pour la BCRG, le défi consiste parallèlement à préserver l’équilibre du système financier et la capacité des banques à financer le secteur privé.

Et pour les banques, l’ambition est désormais d’élargir progressivement le marché à de nouveaux investisseurs.

La réussite de cet emprunt pourrait ainsi dépasser le simple montant levé. Elle pourrait contribuer à installer durablement un marché des capitaux plus profond, plus diversifié et capable de financer une part croissante des besoins de l’économie guinéenne. 

 

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